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TRADUCTION DE POÈMES CHOISIS EN FRANÇAIS PAR SIEGLINDE HARTMANN
Ausgewählte Übersetzungen von Liedern Oswalds von Wolkenstein ins Französische

Für die Veröffentlichung auf der Homepage der Oswald von Wolkenstein-Gesellschaft freundlicherweise zur Verfügung gestellt von Sieglinde Hartmann.




Kl. 6 “Ich spür ain tier” – La Mort
Kl. 18 “Es fügt sich” – Poème autobiographique
Kl. 19 „Es ist ain altgesprochner rat” – Voyage aux royaumes d’Aragon et de France
Kl. 31 “Der oben swebt und niden hebt“ - Prière
Kl. 60 “Es nahet gen der vasennacht!“ – Chanson de Mardi gras
Kl. 83 “Ain jetterin” – Pastourelle de montagne
Kl. 85 “Nu huss!” sprach her Michel von Wolkenstein“ – Chanson de bataille
Bibliographische Nachweise



Je sens une bête – « Ich spür ain tier » - La Mort
(Traduction par Sieglinde Hartmann pour ce site Internet)

I
Je sens une bête
aux larges pieds, ses cornes sont tranchantes,
m'enfoncer dans la terre
et me percer de tous ses coups.
Sa gueule se dirige vers moi,
comme si j'étais destiné à sa faim.
Elle s'approche déjà
pour frapper mon cœur et me tuer.
A cette bête je n'échappe pas.
Ah quelle grande détresse,
que tous les ans à jamais consumés
s'entassent en une journée!
Je suis convoqué à la danse
où l'on me présentera
la grande couronne de tous mes péchés
dont je dois payer la note.
Mais si Dieu le veut, Seigneur Unique,
bientôt tout sera rayé d'un trait.

II (…)

III
Tout-Puissant
sans commencement, sans fin, sois ma conduite,
accorde-moi toute ta grande grâce divine,
afin que Lucifer et ses compagnes
ne puissent me rançonner!
Viens m'arracher au gouffre de l'enfer!
Vierge Marie,
rappelle les grandes souffrances à ton fils!
Lui qui a sauvé tous les chrétiens
ne m'en écarte pas!
Que je sois réconforté par son martyre,
quand mon âme s'enfuira de sa prison charnelle!
O Monde, donne-moi ta récompense!
emporte-moi, vite, et oublie-moi!
Si, à ta place, j'avais bien servi
le Seigneur, en forêt, solitaire,
je serais bien sur la droite voie:
Dieu, Créateur, illumine-moi, Wolkenstein, de ta clarté!

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Quand j'avais dix ans - « Es fuegt sich » – Poème autobiographique
(Traduction par Sieglinde Hartmann in
: Hartmann, Sieglinde: Oswald von Wolkenstein et la Méditerranée. Espace de vie, espace de poésie. In: Jahrbuch der Oswald von Wolkenstein-Gesellschaft 8 (1994/95), 289-320). Composé en 1416, ce texte est considéré comme un des poèmes autobiographiques les plus importants de la poésie allemande du Moyen Âge; le poète Oswald y dresse le bilan de ses quarante ans de chevalier en quête d’exploits chevaleresque et d’amour courtois ; le tout est encadré par une chronologie, suspendue par la suite par une régie poétique alternant perspectives réalistes et significations symboliques.

I
Quand j'avais dix ans, il se trouva que
je voulus voir à quoi ressemblait le monde.
En exil, misère, en maint coin chaud et froid,
j'ai vécu chez les chrétiens, les orthodoxes, les païens.
Trois sous dans la bourse et un petit morceau de pain
c'était mon viatique quand je faisais route en détresse.
Par faute d'ennemis et d'amis j'ai perdu bien des gouttes
de sang depuis, que j'ai cru trépasser.
Je cheminais à pied, pénitence pénible, jusqu'à ce que mourut
mon père; ma foi, pendant quatorze ans, jamais n'acquis de cheval,
sauf un mulet, aubère en plus, que je volai, enlevai
et dont - hélas! - je départis de même. [vers 1400 mort du père Friedrich v. W.]
Sans mentir, je fus messager, cuisinier même et palefrenier,
j'ai tiré les rames aussi, cela faisait mal,
en Crète et ailleurs, puis sur le retour;
maint sarrau fut souvent ma meilleure tenue.

II
C'est en Prusse, Lituanie, Tatarie, Turquie, outre-mer, [= la Terre Sainte]
en France, Italie, Espagne, aux armées de deux rois,
que l'amour m'entraina à mes propres frais:
Rupert, Sigismond, tous deux sous l'emblême de l'aigle [impériale].
Français, arabe, catalan et castillan,
allemand, latin, croate, italien, russe et grec,
[sont] les dix langues, dont je me servais au besoin.
Je savais aussi jouer vielle, trompette, timbale, flûteau.
J'ai contourné mainte île et péninsule, bien des pays,
sur de grandes nefs qui m'ont sauvé des dangers [litt.: liens] de la tempête;
de force j'assaillis les parties de la mer haute [= les îles] et basse [= les côtes];
la mer Noire m'apprit à saisir un tonneau,
quand, à mon embarras, se fracassa mon brigantin -
j'étais marchand - mais me sauvai et m'en tirai [vivant],
moi et un Russe; dans cette mêlée, capital et intérêt
gagnèrent le fond, moi, cependant, nageai jusqu'à la rive.

[Le naufrage d'Oswald est attesté par une fresque dans une chapelle de la cathédrale de Brixen datant de 1407 et illustrant la scène de sauvetage telle qu'il la décrit. Cette chapelle faisait partie d'une donation pieuse d'Oswald, documentée dans une description d'un descendant du poète au XVIe siècle. Le seul témoignage direct de cette chapelle est une pierre commémorative, exécutée en 1408 et conservée dans la cour à côté de la cathédrale de Brixen, montrant Oswald en chevalier avec ses armes plus un drapeau de croisé à la main droite.]

III
La reine d'Aragon était belle et fine.
Devant elle, je tombai à genoux, à ses souhaits, je lui tendis ma barbe.
De ses blanches mains, elle y attacha un anneau fin et menu
aimablement et dit: « Non maiplus dis ligaides.»
De ses mains, elle me perça les oreilles
d'une petite aiguille de laiton;
selon la coutume, elle m'y passa deux anneaux
que j'ai porté longtemps; on les appelle « raicades ».
Sans délai, je me rendis auprès du roi Sigismond, là où je le trouvai.
Il resta bouche bée, se signa, lorsqu'il me reconnut
et s'écria aussitôt: « Que me montres-tu là ces frivolités!? »
En confidence il me demanda: « Ces anneaux, ne te font-ils point mal? »
Ainsi, les femmes et aussi les hommes me regardèrent en riant.
Il y avait là neuf personnes royalement décorées
à Perpignan, leur pape de Luna, Pedro de nom,
le Roi des Romains, le dixième, plus la [dame] de Prades.

[Cette scène s'est déroulée pendant le séjour de l'empereur Sigismond au royaume d'Aragon à Perpignan en automne de l'année 1415. C'était l'époque du concile de Constance, réuni en 1414 pour mettre fin au grand schisme d'Occident. En 1415 le concile avait confié à l'empereur la tâche de mener les négociations d'abdication avec le pape schismatique d'Avignon, le catalan Pedro de Luna qui s'appelait Benoît XIII et les rois espagnols de son obédience.
    D'après les chroniques espagnoles ces rois étaient de fait représentés par 9 'personnes royales' qui étaient les suivantes: 1) Ferdinand Iier, roi d'Aragon, 2) Léonore d'Albuquerque, reine d'Aragon, son épouse, 3) le dauphin Alphonse d'Aragon, successeur de son père en 1416, 4) Marie de Castille, son épouse, 5) le prince Pedro d'Aragon, qui servait, ensemble avec son frère Alphonse, de principal interlocuteur de l'empereur, 6) le prince Henri d'Aragon, Grand Maître de l'ordre de Saint Jacques, 7) la princesse Marie d'Aragon, fille ainée de Ferdinand, future reine de Castille, 8) le prince de Navarre, protonotaire apostolique de Benoît XIII, 9) Violante de Barre, reine d'Aragon, veuve de Jean Iier d'Aragon (= en 1396), plus Marguerite de Prades, veuve du roi Martin, décédé en 1410.
    La reine Marguerite était célèbre pour sa beauté et son mécénat des arts. Le fait qu'elle ait remis des bijoux à Oswald en récompense de ses performances artistiques est probable mais il n'est pas documenté. Nous possédons cependant un témoignage incontestable d'une autre décoration, celle de la remise des insignes de l'ordre du griffon, du vase et de l'écharpe, la plus haute décoration du royaume d'Aragon. Le portrait d'Oswald exécuté en 1432 et conservé au ms. B à Innsbruck le montre avec les insignes de l'ordre au complet: autour du cou il porte le collier formé de vases aux trois fleurs de lys, symbole de la Vierge, patronne de l'ordre; sur son épaule Oswald porte l'écharpe blanche avec un seul vase, insigne que l'on n'avait pas le droit de détacher, comme la formule le prescrit: Non maiplus disligaides = Ne déliez ou ne détachez plus jamais! Le griffon est fixé par une chaînette au collier. Ses ailes sont dorées, symbole de la plus haute récompense, en général remise pour des mérites extraordinaires au combat contre les païens au service de la Vierge. Ces mérites, Oswald les avait gagnés, comme il le dira dans un poème composé plus tard (Ed. Klein 26, vv. 1-14), grâce à sa participation à la conquête de la ville de Ceuta en Afrique du Nord, la bataille la plus spectaculaire du siècle contre les Maures menée sous le haut commandement du roi Jean Iier de Portugal en août 1415. La troisième strophe comporte donc une allusion ironique à cet exploit chevaleresque qui restera un des sommets de sa vie de chevalier errant.]

IV
Ma vie insensée, je voulus la changer, cela est vrai,
et me fis presque moine mendiant deux années entières.
[Allusion à son pélerinage en Terre Sainte en 1409 et 1410?]
Mon début était plein de dévotion - assurément vrai!
Si l'amour n'avait pas gâché la fin!
Longtemps, je chevauchais cherchant les jeux de chevalerie,
je servais une dame dont je tais le nom.
Elle ne voulut pas m'accorder une mie de grâce
jusqu'à ce qu'un froc fit de moi un fol.
Bien des choses alors je réussis sans effort
tant que m'enveloppa la cape de ses pans.
Sans mentir, ni après, ni avant, me fut accordé autant d'une fille
écoutant les douces paroles que je lui adressais.
Sur le champs, la dévotion s'était envolée par la lucarne
quand je me défis du froc et le jettai dans la brume.
Depuis j'ai subi bien des combats en souffrances
et peines ce qui faillit geler ma joie.

V
Il serait trop long de [vous] conter toutes mes peines,
car, plus que jamais, je suis torturé par une exquise petite bouche vermeille
dont mon cœur est meurtri jusqu'à la mort amère. [Probablement Marguerite de Schwangau, sa future épouse.]
En sa présence, mon corps était souvent baigné de sueur.
Bien des fois, mon visage changeait du pourpre au blême,
quand on m'accordait la présence de la fine pucelle.
À force de frémir et de soupirer, souvent je ne sentais plus
mon corps, comme si je m'étais consumé.
Plein d'effroi, je m'enfuis alors à deux cents
miles d'elle et jamais ne me donna le moindre espoir.
Froid, pluie, neige suivie de gelées ne me faisait jamais mal,
je brûlais tant que m'irradiait mon soleil bien-aimé.
Lorsque je suis près d'elle, je perds mesure et liberté.
C'est pour cette dame que je dois m'exiler en misère
et désarroi, jusqu'à ce la grâce ait cédé à la haine.
Si elle m'aidait, ma tristesse se changerait en allégresse.

VI
J'ai vu quatre cents femmes ou plus, sans un seul
homme, à Nios, vivant sur cette petite île:
jamais on ne vit plus beau tableau dans une salle! [Nios ou Ios, île des Cyclades, fief de Venise]
Pourtant, aucune d'elle ne pourrait éclipser cette femme
qui sur mon dos me fait porter un lourd fardeau.
O Dieu, ne sût-elle qu'à demi quelle peine me pèse,
elle me soulagerait souvent, malgré mon mal,
j'aurais l'espoir alors qu'elle ait merci de moi.
Que loin d'elle, je tords souvent mes mains,
que sous grands-peines je suis privé de son salut
et tard ou tôt ne trouve ni paix ni doux sommeil,
de tout cela, j'accuse ses bras blancs et fins.
Ah, vous garçons et filles, songez au chagrin que cause l'amour!
Comme je fus bien quand [aux adieux] la belle me prit en grâce!
Sur mon honneur, si je savais que jamais ne la reverrai,
souvent mon oeil [unique] devrait l'expier en pleurs.

VII
Il y a quarante ans déjà, moins deux, que j'ai vécu
maint furieux combat, composé et chanté des poésies.
Il serait temps alors que j'entende en époux
les cris de mon enfant retentir dans un berceau.
Or, de toute éternité, jamais je ne pourrai oublier
celle qui m'inspire courage en ce monde terrestre.
Nulle part je ne pus trouver sa semblable.
Mais je redoute très fort les épouses glapissantes.
Plus d'un sage auquel ma musique, mes chansons ont plu
a su apprécier mes conseils, mes jugements.
Moi, Wolkenstein, je suis peu raisonnable, certes,
chantant en accord avec ce monde depuis si longtemps.
Je reconnais bien ne savoir quand je dois mourir,
alors que ne me suivra rien d'autre que le prix de mes actes.
Si j'avais servi Dieu tel qu'il l'a commandé,
peu, je craindrais les flammes ardentes, là-bas.

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C'est un vieux dicton – „Es ist ain altgesprochner rat“ – Chanson satirique du voyage aux royaumes d’Aragon et de France (1415-1416)
(Traduction par Sieglinde Hartmann pour ce site Internet)


I
C’est un vieux dicton
prouvé depuis plus de cent ans:
Qui n'a jamais eu de chagrin,
comment veut-il connaître la joie?
Si, pour une fois, je fus heureux,
j'ai dû le payer comptant
en Espagne et en Aragon,
où l'on aime les marrons.

II
Et les souffrances que les fines demoiselles
de Constance ont infligées à ma barbe
et la maîtrise avec laquelle le cachet
de ma bourse a été coupé,
voilà ce qui est mal assorti
avec tout ce qui m’est arrivé en Aragon
et dans la ville appelée Perpignan:
[tels] deux qui tirent en sens contraire!

III Qui veut attraper un oiseau
tel qu’il ne puisse pas s’envoler,
doit lui tendre un piège, l’attirer doucement,
afin qu’il s’y laisse prendre.
Par des filets, des lacets et le bois de refend
tant de nobles oiseaux cernés
par de tels artifices s’y feront prendre:
ils y perdront leur vie.

IV
Sons de luths, de flûtes et de trompettes,
les Maures battaient les tambours.
En plus, un groupe fort paré
portait des tours et des forteresses
gracieusement décorés par des anges.
Ils chantaient, jouaient maintes mélodies,
chacun d’une façon différente,
aux voix merveilleusement étranges.

V
Les pauvres, les riches s’approchèrent, à pied, à cheval,
je me fus enroué par la poussière.
Voici avec quelle dignité fut reçu
Sigismond, l’Empereur futur,          [1432 - couronnement à Rome]
à Perpignan par toute la ville.          [19 septembre 1415]
Puis on lui fit chauffer un bain.
Si l’on avait fait un bain de vapeur,
cela aurait fait des ennuis à nous tous.

VI
Les rois, les reines jeunes et vieux
le saluèrent en l’embrassant.
Je vis pourtant, qu’il ne
s’essuya qu’après les jeunes.
Si les dames avaient fait scission,    Jeu de mot avec le nom du pape Benoit XIII, né Pedro de Luna, luna signifiant 'petite vis' en espagnol.
nous nous serions réunifiés plus facilement
qu’avec Pierre, cette espèce de vis,
et diable, son serviteur.

VII
Ma foi, je n’ai jamais vu de plus longues queues,
ni chez les lions, ni chez les paons,
que, dans ce pays, les femmes
portent à l’arrière de leurs jupes:
boucles dans les oreilles, les ongles rouges.
Plutôt que de serrer une main,
elle osaient vous offrir
une bise pleine de douces jouissances.

VIII
A longueur de journée, le roi Sigismond
peinait pendant dix-huit semaines       [du 15 août au 18 décembre 1415,à Narbonne, à Perpignan et à Narbonne]
avec papes, évêques et cardinaux.
Si l’on avait poignardé ceux
qui jouèrent faux là-dedans
s’inclinant devant le schisme,
pour tous ceux, j’aurais joué un chant funèbre
sur la pipe en haut d’une charette.

IX
Ils nous jouèrent tant de mauvais coups
tout en faisant des courbettes sans cesse.
Voici pourquoi, pendant des nuits entières,
j’ai dû presser un matelas.
Sur son crin, je n’eus nullement la paix;
il provenait d’une vieille vache
qu’on avait appelée la Rosse,
m’avait dit un muet l’année dernière.

X
Et le Sire d’Ötting me sonna       [Louis XII, comte de Öttingen en Souabe, majordome de l’Empereur]
les matines à ma tête
tel un corbeau donnant des coups
de bec sur la houppe d’un taureau mort.
Aussi ai-je riposté lançant
des chaussures qui n’étaient pas douillettes
à sa peau si souvent
qu’on lui voyait les écorchures.

XI
Le Duc de Brieg n’était pas dupe,       [Louis II, duc de Brieg en Silésie]
il resta couché en de graves soucis.
Souvent, je me levai par derrière au lieu de devant
et lui dis bonjour ainsi.
Voici pourquoi on me flanqua souvent
une chaussure dure avec des jurons si furieux
qu’il fallait me sauver de lui
en me cachant sous la couverture.

XII
Ces histoires, je pourrais en rajouter,
si je rappelais bien mes souvenirs.
Un matin, le Baumgartner versa
à Sire Fritz de l’eau bénite
dans une cuve qui puait.
Sur sa joue, sa veste et ses draps
il lui mit plein de trainées jaunes:
à Sire Fritz de se débrouiller!

XIII
Quand j’entendis
la grande cloche sonner l’alerte,
un petit moment me semblait long
et j’eus peu envie de chanter.
Je me disais, quelle clochette minable!
Si j’étais chez moi à Wolkenstein
ensemble avec mes nobles amis et compagnons,
je n’aurais vraiment pas peur de ta sonnerie.

XIV
Le fracas de la même cloche d’alarme
m’effarouchat tellement par son retentissement
que je tombai en bas d’un escalier
prenant les marches une par une.
En bas, je trouvai mon seigneur,
debout, vaillant, dans son armure,
ceint de son épée.
Quel violent tapage qui éclata!       [Incendie dans le quartier de l’Empereur]

XV
Mon beau porte-monnaie ne me faisait pas de soucis
- il s’appela Monsieur de l’Or -
depuis que l’ordre de la chrétienté
fut rétablie à Narbonne.       [par la convention du 13 décembre 1415]
Duc de Brieg, Evêque de Riga,   L'archevêque Jean V, né Johann von Wallenrod (1395-1418), conseiller de Sigismond depuis 1412.
Grand Comte! La victoire du roi Sigismond      [Nicolas de Gara, Comes palatinus de Hongrie] vous a été entièrement confiée,
vous en recevrez votre récompense,

XVI
ainsi que tous ceux qui avaient mis
leurs armures, chevaux en gage
et qui avaient dû patauger
dans la boue des rues.
La grâce [impériale] leur sera accordée,
s’ils font ses marches avec dévotion.
De tous mes chevaux
j’en ramenai deux et le mulet.

XVII
Tu vois, mon Pierre, chat malin,        [= Pape Benoit XIII, jeu de mot avec son nom ‘de Luna’]
garçon d’humeur lunatique,
l’ancienne tonsure t’a manqué!
A Avignon, j’entendis
une charte des rois, seigneurs et pays
qui, autrefois, étaient soumis à ton obédience
et s’en moquent et jouent
pour toi une danse *en farce.      [*litt.: sur une aire de plancher]

XVIII
Or, nous fîmes une procession,      [Entrée de Sigismond à Avignon, fin 1415]
- une multitude, tous serrés -,
aux sons de flûtes, de trompettes, de cloches
et aux chants solennels.
La nuit, on fit la dance.
Voilà que Pierre le Chauve fut
‘accusé’ par maintes belles pucelles
faisant des sauts et des plaisanteries.

XIX
En un *clin d’oeil, toutes les choses peuvent changer.       [*Litt.: coup de dent]
C’est à mon porte-monnaie que je songe.
Quelqu’un d’autre en sortira deux.
Mais moi, j’en ai gardé un sur moi,
[que je porte] en ceinture autour de mon corps.
Tous ceux qui prennent une femme noble,
seraient bien assurés,
s’ils obtenaient une si grande dote.

XX
Aussi, n'est-ce qu'un léger reproche,
si la belle Marguerite me perça
les oreilles d'une aiguille
selon la coutume de son pays.
Cette noble reine
m'y passa deux anneaux d'or
plus un dans ma barbe:
voilà comment j'ai du faire parade!       [Perpignan, Septembre 1415]

XXI
Un titre noble me fut conféré:
vicomte de Turquie.
Beaucoup pensaient, que j'ai été
un noble païen.
Un habit mauresque, rouge vermeil,
précieux, me fut offert par Sigismond.
Là-dedans, j'ai réussi à pavaner,
à chanter et à danser à la païenne.

XXII
A Paris, il y avait,
dans les rues, ruelles et maisons,
des milliers d'hommes, femmes et enfants, une cohue
sur plus de deux lieues.
Tous étaient là pour voir
le roi Sigismond, sire romain,
et moi, on m'appela un fat
dans mon habit de fol.       [Mars 1416]

XXIII
Toutes les nations et leurs écoles
avec leurs bâtons dorés
l'honoraient sur son trône
encore plus qu'un ange;
et chacune des écoles lui rendait
un hommage sûr et magistral
dans une vaste salle:
d'innombrables étudiants et professeurs.

XXIV
J'appris à marcher à genoux
sur mes vieux jours.
Je n'osais plus rester debout,
quand je voulais lui rendre mes devoirs:
Je parle de Dame Isabeau de France,
reine d'une vénérable dignité
qui, de ses propres mains,
couronna ma barbe d'un diamant.

XXV
En de grandes eaux, on lance des filets
pour pêcher de gros poissons.
Ainsi je ramassai sur une table
plus de quatre sacs pleins d'argent.
Mon roi, Sigismond, remplit
ma bourse d'un beau nombre d'écus,
que je n'arrivai à emporter
qu'à trois non sans effort.

XXVI
Une cause urgente me pressa là,       [Arrêter le duc Frédéric d’Autriche en fuite]
j'ai dû monter à cheval et partir.
Sigismond, ce roi d'un sang si noble,
ordonna que je ne tarde pas.
De Paris, il me tendit la main
et s'embarqua pour l'Angleterre,
afin d'unir les rois               [de France et d'Angleterre]
- c’est ce que je suppose.

XXVII
Par-dessus tous les Français je célèbre
un fidèle - par ma foi! -
dont la noble conduite me paraît sans faille:
le sire de Savoy!                 [Amadée VIII]
Par la main de l'Empereur
il fut élevé à la dignité de duc,
lorsque l'estrade s'écroula et
bon nombre du public tomba sur le dos.       [Chambéry, 20 févr. 1416]

XXVIII
Quoique je voie, j'entende, je chante, je dise,
c'est cela le train du monde:
à la fin du monde une valise
ne vaut pas plus qu'une bretelle,
un clocher pas plus qu'une cruche de vinaigre.
Si nous avions toujours servi notre âme,
telle qu'elle ne soit pas vaincue,
j'aurais bien chanté!

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Celui qui se meut en dessus - « Der oben swebt » - Prière
(Traduction par Sieglinde Hartmann pour ce site Internet)

I
Celui qui se meut en dessus et tient par-dessous,
qui agit devant, derrière, à côté
et vit éternellement, sans commencement,
qui est vieux et jeune et dès l'origine
triplement inclus en la parole unique
s'entremêlant inconcevablement sans dissonance,
qui mourut sévèrement et ne fut pas mort,
qui fut chastement conçu et mis au monde
sans aucune peine, blanc et rose par une belle vierge,
qui fit bien des miracles,
brisa l'enfer, irrita grièvement le diable,
qui donna suc, tige, ombelle à toutes les plantes,
II (…)

III
Qui fixa ciel et terre sans
faille et sans fond,
y dirigea les eaux vers des flux lointains,
- ces nombreux miracles, l'on devrait les chanter
partout et mille fois plus
aux riches sonorités, mais l'art m'y manque -
qui m'a donné mon âme claire,
corps, honneur et bien, raison et foi chrétienne:
c'est lui que je supplie et que je remercie
de me protéger contre tous mes ennemis
ici et là, afin que nul ne puisse m’abattre.
O chaste dame, viens m'y prêter secours!

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Mardi gras s’approche - « Es nahet gen der vasennacht » – Chanson de mardi gras
(Traduction par Sieglinde Hartmann pour ce site Internet)


I
Mardi gras s'approche,
nous devrons tous être gais et joyeux;
Assemblez-vous à deux
tout comme les douces colombes.
Mais moi, j'ai joint
très gentiment ma béquille
que ma bien-aimée m'a destinée
pour mes papouilles et caresses.

Refrain:

Voici la béquille, que je serre contre moi,
gentiment elle se blottit entre mes bras,
je la presse très fort,
jusqu'à ce qu'elle finisse par grincer.
Quoi de plus pour me gâter
le mardi gras?
Bah! Bah! Cessez de brailler!


II
Puisque les oiselets sauvages se sont
déjà unis gentiment en parfait accord
, comment devront les jeunes gens cultivés
fêter ce temps d'amour?
Par embrasser et serrer une belle femme:
Mmh! Laisse-toi savourer!
Jouis de ton corps jeune en cachette
sans le moindre regret!

Refrain:
Voici la béquille, que je serre contre moi, ...


III
Le mardi gras et le mois de mai jouent
la même mélodie sur la cornemuse.
Tout ce qui s'est caché toute l'année
se montre alors au plein jour.
Ma dame, pourtant, a retenu sa perfidie
par des gestes trompeurs
jusqu'en automne: je maudis son invitation
depuis que je dois boiter.

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« Do frayg amorß » - Service d’amour en 7 langues
(Traduction par Sieglinde Hartmann pour ce site Internet)

I
Do frayg amorß, [français]
adiuva me! [latin]
ma lot, mein ors, [hongrois, flamand]
na moi sercce, [slave]
rennt mit gedanck, [allemand]
frau, puräti. [italien]
Eck lopp, ick slapp, [flamand]
vel quo vado, [latin]
wesegg mein krap [hongrois, allemand]
ne dirs dobro. [slave]
iu gslaff ee franck [italien]
merschi vois gri. [français]

Repeticio
Teutsch, welchisch mach!
franzoisch wach !
ungrischen lach !
brot windisch bach !
flemming so krach !
latein die sibend sprach.

II
Mille schenna, [slave]
ime, man gür, [hongrois, français]
peromnia [latin]
des leibes spür. [allemand]
Cenza befiu [italien]
mit gschoner war [flamand]
dut servirai, [italien]
pur zschätti gaiss, [slave]
nem tudem frai [hongrois, français]
kain falsche rais. [allemand]
got wett wol, twiw [flamand]
eck de amar. etc. [latin]

III
De mit mundesch, [hongrois]
Margaritha well, [italien]
exprofundes [latin]
das tün ich snell. [allemand]
datt löff, draga [flamand, slave]
griet, per ma foi! [français]
In recommisso [latin]
diors et not [français]
mi ti commando, [italien]
wo ich trott, [allemand]
Jambre, twoia, [hongrois, slave]
allopp mi troi [flamand]
etc. Teutsch welisch etc.

Ah, mon vrai amour,
aide-moi!
Mon cheval, mon coursier,
en plus mon coeur,
n’ont qu’une seule pensée:
courir te voir, ma dame.
Où je cours, où je dors
ou je me dirige,
vraiment, mon ancre,
ne tient pas.
Esclave de moi, jadis libre,
je vous crie merci.



Allemand, italien, vas-y!
Réveille-toi en français!
Ris en hongrois!
Fais ton pain en slave!
Fais craquer en flamand!
La septième langue: le latin.



Ma Bien-Aimée,
voici mon coeur!
Partout,
de tout mon corps,
sans plaisanterie,
avec dignité, je serai
entièrement à ton service,
tout comme tu le voudras.
Je ne connais vraiment
pas de mauvais tours.
Dieu sait bien comment
je t’aime. Refrain


Seulement ce que tu veux,
ma belle Marguerite,
c’est mon profond désir
de le faire aussitôt.
Crois-le, ma chère
Sous ton obéissance,
Marguerite, sur ma foi!
jours et nuits,
je m’y soumets.
Où j’irai, [je serai]
seulement le tien
en toute ma fidélité! Refrain

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Une sarcleuse – « Ain jetterin » - Pastourelle de montagne
(Traduction par Sieglinde Hartmann pour ce site Internet)


I
Une sarcleuse jeune, fraîche, prompte, libre,
à pic sur un versant sauvage
soulève mon coeur de joie
au printemps, quand les bois
se couvrent de feuilles vertes.
Tel un renard je la guette
tout coi au fond d'un bosquet
je scrute les arbustes - à bas mon lynx! -
pour attraper son souriceau châtain,
je rampe à quatre pattes
sans l'effaroucher.

Refrain:

Sa bouche vermeille de noblesse
est aussi douce qu'un sucre pur,
les pieds menus, les jambes blanches,
les seins fermes - paroles et gestes
font montagnard, drôlement.

II
Les merles, je les ennuie
et maintes grives exquises
tout en haut de Val Torrent
avec un bois de refend, je les abats
en tirant la ficelle
à l'abris d'un refuge bien couvert
de branches touffues d'un vert luxuriant.
Elle arrive aussitôt, m'encourage
aux joies, audaces de tendresses
se glissant à travers le trou
gracieusement courbée.

Refrain: Sa bouche vermeille de noblesse...

III
Quand je me prépare à l'oisellerie
et que j'ai tout ce qu'il faut,
sous peu une douce pipée se fait
entendre percer le bruit des halètements.
Ainsi, la belle pourra en rire
de me dérober l'oisellerie
et tout cet art que j'ai appris.
Son bois de refend surpasse le mien.
Il demande trop souvent mon oiselet.
Voilà les choses qui font
craquer le refuge.

Refrain: Sa bouche vermeille de noblesse...

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»Allons-y!« - »Nu huss!« - Chanson de bataille des 3 frères Wolkenstein contre Frédéric duc d’Autriche
(Traduction par Sieglinde Hartmann pour ce site Internet)


I
« Allons-y!« s’écria Michel de Wolkenstein,
»Traquons-les!« s’écria Oswald de Wolkenstein,
»A cheval!“ s’écria messire Léonard de Wolkenstein,
» chassons-les tous de Greifenstein, sur-le-champ! «

II
Là-dessus, des rafales surgirent de la braise
retombant au pied des rocs rouges de flammes.
Cuirasses et arbalètes en plus des heaumes,
voilà ce qu’ils nous laissèrent, quelle joie pour nous!

III
Leurs machines de guerre, leurs abris et le reste de leur bivouac
furent réduits en cendres sur le plateau.
J’entends bien: mauvais créancier, mauvais prêt.
Voici comment nous allons payer duc Frédéric!

IV
Quelles escarmouches, quelles échauffourées! Nul se retira.
Cela se passa au pied de Rafenstein dans le Marais.
Là, maints combattants furent percés par une longue pointe
de flèches tirées par de puissantes arbalètes.

V
Les paysans de Saint-Georges et toute leur commune,
ces malhonnêtes nous avaient prêté de faux serments.
Voilà qu’arrivèrent ces ‘bons compères’ du Rafenstein:
»Salut, chers voisins, votre loyauté est inexistante!«

VI
Les tirs, les projections, une grande mêlée,
tout commença à plein feu. »Fais sonner l’acier et file!«
»Vas-y, mon noble courtois, perds ou gagne!«
Là-dedans, bien des toits furent brûlés, et les souris avec.

VII
Les hommes de Bolzen, du Ritten et de Meran,
de Hafling, de Mölten s’approchèrent par le plateau,
[plus ceux] du Sarntal et de Jenesien, tous ces ‘preux’
voulaient nous encercler, mais nous en avons réchappé!

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Indice bibliographique:
Bibliographische Nachweise zu den Übersetzungen von Sieglinde Hartmann

Les numéros des chansons se réfèrent à l’édition suivante :

Die Lieder Oswalds von Wolkenstein. Unter Mitwirkung von Walter WEISS und Notburga WOLF hrsg. von Karl Kurt KLEIN. Musikanhang von Walter SALMEN. Tübingen 1962, 3., neubearbeitete und erweiterte Auflage von Hans MOSER, Norbert Richard WOLF und Notburga WOLF. Tübingen 1987 (= Altdeutsche Textbibliothek 55).


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